Journal de l’oliveraie – été 2022

Au propre comme au figuré, l’été 2022 a été chaud dans l’oliveraie… Comme tous les ans, c’est une période charnière pour la production d’olives. De la floraison à la maturation des fruits, le parcours est semé d’embuches climatiques et zoologiques. Malgré tous nos efforts, le verdict est tombé : nous n’aurons pas la moindre petite olive cette année ! Retour sur un été d’enfer.

Méchant comme une teigne ?

Mi-mai, alors que la printemps s’installait chaudement, les hostilités ont commencé. Nous observions de plus en plus de galeries dans les feuilles de nos oliviers. Plus de doute, c’est la teigne de l’olivier ! Ce petit papillon vit dans la frondaison de l’olivier toute l’année. Sa chenille se nourrit goulument des feuilles au printemps, puis des boutons floraux, puis de l’amandon de l’olive l’été, pour revenir aux feuilles à l’automne…

Après un comptage plus détaillé, c’est la panique : nous avons dépassé les 10% de feuilles minées, le seuil de nuisibilité pour les boutons floraux en cours de formation et donc la production de l’année. Il faut agir vite ! Nous avions fait l’impasse sur le traitement au BT les deux années précédentes, nous n’y échapperons pas cette année. Nous pulvérisons donc (merci Éric !) une solution de Bacillus thuringiensis sp. (BT), des cristaux sécrétés par une bactérie, qui, une fois ingérés par la chenille libèrent des toxines fatales.

Une galerie de teigne par feuille, au secours ! – © In Olio Veritas

Une floraison très faible

Après une abondante récolte en 2021, et une taille assez sévère cette année, nous nous attendions à une faible floraison. Mais, avec un hiver puis un printemps très sec (le Vaucluse était en alerte sécheresse dès le mois d’avril…), la floraison a été encore plus faible que prévue. Les grappes florales étaient rares, et certains oliviers n’ont tout simplement pas fait de fleurs. Seuls quelques sujets en bas du terrain, à rebours de leurs camarades, portaient quelques beaux bouquets. Nous savions dès à présent que l’huile ne coulerait pas à flot cette année !

Quelques grapinettes de fleurs, déjà bien sèches… – © In Olio Veritas

Alerte cochenille

Un problème ne vient jamais seul, dit-on. À peine remis de la teigne, voilà que, début juin, nous commençons à voir s’accumuler des cochenilles noires de l’olivier dans nos arbres. Certaines branches sont déjà bien couvertes de ces petites carapaces noires, et la fumagine – un champignon qui couvre les feuilles d’une pellicule noire – est aussi présente. Beurk ! Dans cet article, nous détaillons les étapes de notre combat. Nous avons dû tailler certains arbres sévèrement, de nouveau, pour éliminer les branches trop infestées. Et pour le reste : empêcher les fourmis de protéger les cochenilles grâce à des bandeaux de glu arboricole sur les tronc, favoriser l’arrivée de prédateurs de la cochenille comme la coccinelle virgule, enlever un maximum de cochenille à la main avec de l’alcool à brûler… le tout sous un soleil brulant dès le mois de juin. Soleil qui fut finalement un allier, puisque – si l’on doit trouver un seul avantage à la canicule estivale – les oeufs de cochenilles n’ont pas survécu aux grosses chaleurs… enfin on croise les doigts ! Et on continue à mesurer l’évolution de la population de cochenilles…

La cochenille noire de l’olivier. – © In Olio Veritas

« Une chute sans fin dans une nuit sans fond, voilà l’enfer. »

Comme dirait Victor Hugo, dans La vision de Dante. Clou du spectacle dans cette fournaise estivale sur fond de sécheresse danstesque : nos oliviers ont coulé leurs olives, pour se mettre en survie de l’arbre. Toutes les petites olives en formation début juillet ont subitement noircies et ont fini par tomber par terre durant l’été. La récolte 2022 sera donc nulle, nous allons précieusement garder les dernières bouteilles qu’il nous reste pour arroser nos salades. Essayons, encore une fois, de voir les bons côtés de l’enfer : nous n’aurons pas d’argile à passer sur nos olives cet été !

On en profite pour aller faire une tour en Italie ! – © In Olio Veritas

Le tableau peut paraitre assez sombre en cette fin d’été, mais en réalité, nous avons encore appris beaucoup de choses sur l’oléiculture et l’environnement naturel des oliviers. Nous allons redoubler d’efforts pour favoriser un sol vivant et une biodiversité riche dans l’oliveraie, pour que les parasites soient régulés naturellement et les oliviers capables de résister aux attaques et au changement climatique.

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