Opération Cochenille noire de l’olivier

« Tiens, c’est rigolo, y’a des fourmis qui se promènent dans l’arbre. Attends, et, tu as vu, on dirait qu’elles couvent des petits trucs noirs. Oh, mais y’en à plein l’arbre, dis donc. Et cette branche, elle est toute noire…  » c’est là que le cauchemar commence : une invasion de cochenilles dans nos oliviers !

Heureusement, de nombreux oléiculteurs et autres arboriculteurs nous ont partagé leurs techniques pour endiguer le phénomène et prévenir des invasions, sans utiliser de violent insecticide ou de produit trop chimique. En voici une synthèse, avec des gestes d’urgence (curatif) et des interventions plus durables (préventif), qui, nous l’espérons, pourra également être utile à d’autres oléiculteurs cochenillés.

La cochenille noire de l’olivier

La cochenille noire de l’olivier – Saissetia oleae de son petit nom latin – est un insecte polyphage de l’ordre des hémiptères (comme les cigales, les pucerons ou les punaises), qui s’attaque à un grand nombre de plantes sauvages et cultivées, dont les agrumes, le figuier et l’olivier. Elle n’occasionne pas de dégâts directs sur les plantes infestées, mais elle les affaiblit en se nourrissant de leur sève et en sécrétant sur les feuilles et les rameaux un miellat qui favorise le développement de la fumagine, un champignon formant une couche noire qui limite la photosynthèse de la plante, voire asphyxie ses feuilles. Et ça, ça ne nous plait pas beaucoup !

Comment reconnaître cette vilaine cochenille ? On repère la femelle adulte par une coque noire de 3 à 4 mm de diamètre marquée d’un H sur le dos, collée sur les tiges ou les feuilles des jeunes rameaux d’olivier. Les femelles pondent une fois par an, de mai à août, jusqu’à 1000 œufs de couleur orangée, situés sous leur bouclier-carapace. Les larves, brun clair, mesurent 1,5 mm à leur dernier des trois stades de développement et se déplacent pour se fixer sur la face inférieure des feuilles entre juin et août. On repère aussi – et surtout – les branches noircies par la fumagine (beurk) et les fourmis qui rodent autour des carapaces noires pour les protéger des prédateurs et ainsi bénéficier du miellat qu’elles sécrètent… un mariage pour le pire !

Une branche infestée de cochenilles et de fumagine… – © In Olio Veritas

Que fait-elle chez moi ? Les facteurs qui favorisent la multiplication des cochenilles sont la douceur du climat, l’humidité, une fumure azotée abondante (pourquoi tant de N…), mais aussi l’absence de prédateurs naturels – comme la guêpe Metaphycus bartletti ou la coccinelle Exochomus quadripustulatus – à cause des fourmis ou des insecticides utilisés. Pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène, nous avons fait un diagnostic arbre par arbre, en essayant d’évaluer le niveau d’infestation selon les critères de France Olive ci-dessous. Bilan : tous nos oliviers de la variété Aglandau touchés, entre niveau 2 et 4.

Pour évaluer l’ampleur de l’invasion, France Olive propose 6 niveaux

Mais alors, on fait quoi ? La lutte chimique par pulvérisation d’insecticide à base de fénoxycarbe (Insegar) n’est pas recommandée, car elle est peu efficace contre les cochenilles adultes et leur corps-carapace, et elle détruit les insectes auxiliaires qui se nourrissent des larves de cochenille et donc aggravera la situation l’année suivante. Les luttes biologique et mécanique sont ainsi à favoriser, pour avoir un écosystème vivant qui permet d’éviter la prolifération de la cochenille.

L’ennemi n°1 : la fourmi

Nous le savons, chaque espèce a un rôle à jouer dans l’écosystème et il faut encourager la biodiversité pour que la nature se régule par elle-même… Il n’y a donc pas d’ennemi ! Sauf qu’elles nous embêtent bien ces fourmis, car elles protègent par leur mouvement perpétuel les cochenilles de leurs prédateurs, en échange du miellat sucré et énergétique qu’elles sécrètent.

La symbiose mutualiste fourmis + cochenilles – © In Olio Veritas

Si on arrive à empêcher les fourmis de protéger les cochenilles, ces dernières seront de nouveau vulnérables face à leurs prédateurs (coccinelles, etc.) et donc, si ces prédateurs sont bien présents sur l’oliveraie, ils réguleront l’invasion naturellement.

Pour lutter contre les fourmis, nous avons installé des bandeaux de glu arboricole – en vente dans les coopératives agricoles ou les magasins de jardinage – sur les troncs des oliviers infestés. Pour ne pas abimer les troncs (la peau des oliviers est douce et sensible…), nous avons positionné la glu sur une bandelette de tissu (10cm environ) serrée contre l’écorce par des ficelles. La circulation entre la fourmilière et les branches n’est plus possible, les fourmis qui tentent le passage se retrouvent engluées. C’est mécanique, et efficace.

Attention, ça colle ! – © In Olio Veritas

D’autres méthodes qui nous ont été suggérées :

  • Vaporiser du vinaigre blanc : efficace sur le moment, mais les fourmis reviennent vite. Fastidieux à faire à grande échelle.
  • Faire une ligne à la craie sur les troncs : les fourmis n’aiment pas la craie, mais ce n’est pas pérenne en cas de pluie ou de vent fort.
  • Mettre de l’huile de neem sur la partie basse du tronc : l’huile de neem ou margousier – un arbre originaire d’Inde cultivé dans les régions tropicales et semi-tropicales – mélangée avec du savon noir et de l’eau à 1/5ème, est un insecticide très puissant. Elle est cependant interdite à la vente en France en tant que traitement phytosanitaire, y compris en bio.

La taille des oliviers et les traitement anti-fongiques

Quand nous avons commencé à voir des cochenilles, nous avons entrepris de les enlever une par une à la main avec un chiffon imbibé de savon noir et d’alcool à brûler. Un travail long et fastidieux, réalisable seulement dans quelques oliviers peu touchés. Pour les sujets les plus infestés, nous avons du ressortir le sécateur et la scie, et couper des branches entières.

Merci les ami-es pour votre patience… – © In Olio Veritas

À court terme, il est en effet préférable de couper les branches noircies pour éviter que les cochenilles et la fumagine ne se propagent dans tout l’arbre. Cela fait mal au coeur, surtout quand on a déjà fait une belle taille à la sortie de l’hiver… Pensez à bien les désinfecter vos outils d’un arbre à l’autre et à brûler ou mettre en décharge les branches coupées.

À plus long terme, une taille régulière des oliviers permet une bonne aération des arbres et donc de limiter la diffusion des champignons et de la fumagine. Pour lutter contre cette dernière, on peut également appliquer un traitement anti-fongique après la taille. En plus de l’application de 1/4 de dose de cuivre après la taille de mars, étant donné que cette année est particulièrement sèche (déficit de pluie de 75% en mai 2022), nous n’avons pas remis de cuivre après avoir coupé les branches infestées de cochenille, mais opté pour une décoction de prêle (à appliquer le soir pour éviter l’exposition au soleil).

De plus, les conditions climatiques jouent aussi un rôle très important dans le développement de la cochenille noire. Un temps sec et chaud, en particulier en ce début d’été pendant le stade d’éclosion des larves, limite considérablement sa diffusion. Voici au moins un avantage à la canicule estivale…

Les insectes auxiliaires

Plusieurs insectes sont des prédateurs ou des parasitoïdes naturels de la cochenille noire de l’olivier. Les premiers se nourrissent directement d’oeufs, larves ou adultes cochenille, les second perforent le corps-carapace des femelles cochenille pour y pondre leurs oeufs, qui se transforment en larves voraces. Si vous voyez un petit trou dans la carapace noire de la cochenille, c’est qu’ils ne sont pas loin ! Voici les principaux insectes auxiliaires de l’olivier contre la cochenille noire et quelques idées pour les attirer sur nos parcelles.

Les coccinelles coccidiphages (= qui mangent des cocchenilles) : trois espèces nous intéressent particulièrement, Chilocorus bipustulatus et Exochomus quadripustulatus – la coccinelle à virgules – petites et noires à points rouges, et Rhizobius encore plus petite et brun foncé. Et elles sont voraces : une larve âgée ou une femelle en période de ponte, peuvent consommer jusqu’à 40 larves de cochenille noire par jour ! Bon appétit !

Bonne nouvelle, on a trouvé des coccinelles à virgule dans notre oliveraie !

L’idéal est de les attirer naturellement en créant un écosystème propice. Pour ce faire, nous avons installé dans notre oliveraie plusieurs hôtels à coccinelles. Mais il faut parfois attendre jusqu’à 3 ans avant qu’une colonie de coccinelle ne s’y installe, en espérant que ce soit la bonne variété… De plus, certaines plantes semblent attirer ces auxiliaires, comme le romarin, le thym, la lavande ou le ciste blanc (abri hivernal), mais aussi le figuier, le chêne vert ou le cade. Nous allons donc réaménager et planter la bordure de notre parcelle, pour en faire un réservoir d’auxiliaires !

Mathilde installe les hôtels à coccinelles : Bienvenue au Colimbou – © In Olio Veritas

Les guêpes Metaphycus Lounsburyi et Metaphycus Helvolus, de toutes petites guêpes originaires d’Afrique de couleur brune ou orange. Si l’idéal est de les attirer naturellement, en cas d’invasion de cochenille, pour agir vite, il est possible d’acheter des tubes (un pour 20 oliviers) à suspendre au printemps dans les oliviers, à l’ombre de la frondaison, pour un lâcher massif.

Metaphycus Helvolus – © Biocontrol.ch

La Chrysope verte, aussi connue comme « la demoiselle aux yeux d’or », grande prédatrice des pucerons, des acariens et des cochenilles. Adulte, elle est attirée par le miellat sécrété par les cochenilles. Elle pond près de ses proies, et ses larves se délectent de cochenilles. Il est également possible d’acheter des larves et de les installer au printemps dans les arbres. On en trouve souvent dans notre oliveraie, espérons qu’elles fassent un festin de cochenilles cette année !

La chrysope verte attaque surtout la nuit !
Source : France Olive 2016

Il existe quelques autres prédateurs et parasites identifiés de la cochenille noire de l’olivier, comme la mini-guêpe Scutellista cyanea ou certaines espèces d’araignées. Le tout est donc de créer un écosystème propice à leur installation et à leur sédentarisation dans nos oliviers. Mais tout cela c’est du long terme… que faire quand nos arbres grouillent de cochenilles et que les prédateurs et parasites ne sont pas encore ou suffisamment là ?

Traitements répulsifs

La carapace des cochenilles protège les oeufs de tous les produits pulvérisés sur les arbres. Mais fin juin / début juillet, les oeufs se transforment en larves mobiles, qui sortent de la carapace et se promènent sur les rameaux d’olivier, pour trouver un endroit où s’établir, grossir et à leur tour se reproduire. C’est à ce moment là qu’elles sont vulnérables aux répulsifs et insecticides naturels !

Pulvérisation de potion magique : savon noir + alcool à 90 + huile de colza + décoction de prêle + huile essentielle de menthe poivrée. Pendant 3 ou 4 jours de suite, en insistant sur les arbres et les zones particulièrement touchées. À appliquer de préférence le soir, pour limiter l’impact sur les autres insectes et éviter de brûler les feuilles avec l’huile et la prêle.

« Et un peu de sucre en poudre ? Ah…non. » – © In Olio Veritas

Pour une lutte plus radicale en cas d’invasion sévère, certains appliquent un traitement à base d’huile blanche de pétrole, d’huile de colza ou d’huile de paraffine, qui forment une fine couche sur les larves et les cochenilles pour les asphyxier. Cet insecticide mécanique (et non chimique) est autorisé en BIO, mais il a un impact négatif sur la faune auxiliaire et risque de déséquilibrer l’écosystème l’année suivante. L’application se fait en pulvérisation foliaire après dilution dans de l’eau et en se protégeant bien. Nous verrons si cette intervention est nécessaire en observant les larves dans nos oliviers l’hiver prochain.

D’autres méthodes qui nous ont été suggérées :

  • les huiles essentielles, comme celle de Petit Grain Bigarade, de Menthe poivrée, de Géranium rosat, à pulvériser sur le feuillage.
  • l’huile de Neem diluée à 1/5ème, puissant insecticide naturel.
  • Eviter la pulvérisation de purins azotés (ortie), car les cochenilles en raffolent !

Nous allons continuer à explorer différentes méthodes les plus naturelles possibles pour limiter la présence de cochenilles dans notre oliveraie, en créant notamment un écosystème propice à une régulation naturelle et en nourrissant bien nos oliviers pour qu’ils puissent résister. Si vous avez essayé d’autres techniques ou que vous avez des informations à partager, n’hésitez pas à nous écrire à : contact.inolioveritas@gmail.com.

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