L’huile d’olive japonaise : quand la passion l’emporte sur la raison

EN UN CLIN D’ŒIL

  • Début : premières tentatives dans les années 1860 ; plus vieil arbre du pays encore debout planté en 1908
  • Production : 20 à 25 tonnes d’huile d’olive extra vierge par an 
  • Consommation : 55 000 tonnes par an, soit 0,4 L par habitant, y compris les huiles non extra vierge utilisées pour la cuisson en friture
  • Régions de culture : Shodoshima (Préfecture de Kagawa), région du Kanto, île de Kyushu…
  • Producteurs : une petite centaine de fermes oléicoles dans tout le pays
  • Surface totale exploitée : 350 hectares
  • Variétés principales : Mission, Lucca, Nevadillo Blanco, Hojiblanca, Frantoio, Manzanillo, Gemlik…
  • Récolte : d’octobre à décembre
  • Certifications : DOP de la préfecture de Kagawa décerné par le centre de recherche oléicole de Shodoshima
En rouge, les municipalités japonaises où l’on recense des oliviers

Il y a 150 ans, le Japon ouvrait ses portes et ses ports au monde extérieur, et ce faisant à des cultures – dans tous les sens du terme – qui lui étaient jusqu’ici inconnues. Parmi celles-ci, les olives et leur huile, qui ont peu à peu réussi à séduire une petite frange de la population, dont quelques passionnés qui se sont lancés avec enthousiasme dans l’oléiculture. Contre vents et marées pourrait-on ajouter, car le Japon est loin d’être une terre hospitalière pour l’olivier.

L’huile d’olive japonaise, un produit de luxe

En raison de son coût élevé, mais aussi de son goût prononcé, la consommation d’huile d’olive est longtemps restée très limitée sur l’archipel nippon. Mais avec l’intérêt croissant pour ses vertus diététiques et la baisse (relative) du prix des bouteilles importées d’Europe, la consommation d’huile d’olive a triplé en 20 ans pour s’établir à 55 000 tonnes en 2018*, soit 0,4 litre en moyenne par habitant et par an.

Au sein de ce marché, la production domestique demeure très marginale, avec 20 à 25 tonnes seulement d’huile d’olive extra vierge produite chaque année. Il faut dire qu’on ne compte qu’une centaine d’oléiculteur dans le pays, qui ont tous une approche artisanale : des oliveraies de taille réduite, très peu de mécanisation, une récolte systématique à la main… A l’exception notable de Toyo Olives, seul acteur un tant soit peu industriel du pays, qui représente 25% de la production nationale à lui tout seul.

Une grande rareté donc, un goût qui ne laisse pas indifférent et une confection artisanale : l’huile d’olive japonaise a toute du produit de luxe. D’où son coût exorbitant pour nous autres Européens. Vendue en très petite quantité (50, 100 ou 200 mL), achetée comme cadeau pour un proche, le prix de vente ramené au litre tourne en moyenne autour de .. 200€ !

Un climat défavorable

Si peu de personnes se sont lancées dans l’aventure, et à petite échelle seulement, c’est que l’oléiculture au Japon s’est révélée certes possible, mais très difficile. Car au pays du soleil levant, c’est surtout la pluie qui tombe. Et souvent. Y compris à Shodoshima qui, de l’aveu même de ses habitants, est bien loin de connaître le climat méditerranéen qu’on lui prête souvent. C’est pourtant là que se trouve près de la moitié des oléiculteurs du pays.

L’humidité et les plaies qu’elle favorise ont pour conséquence un rendement en huile des olives japonaises encore plus bas qu’en Nouvelle-Zélande, de 5% à 10% en fonction des exploitations et des variétés. Sans parler des typhons, dont la saison précède parfois de quelques jours seulement celle de la récolte, comme ce fut le cas l’an dernier, détruisant en quelques heures le travail de toute une année. Bref, même les chercheurs de l’Institut scientifique oléicole de Shodoshima le reconnaissent : le Japon n’est pas fait pour l’olivier. 

Fruit de la passion

Et pourtant, peu sont ceux qui jettent l’éponge. Outre un marché qui tolère des prix très élevés, permettant de compenser en partie les faibles volumes (60 litres produits seulement chez Enshu Olives en 2018), c’est surtout la passion qui semble guider les oléiculteurs que nous avons rencontrés. 

Une passion qui explique que, contrairement à de nombreux pays, ce sont souvent des jeunes qui se lancent, mus par une fascination pour l’olivier qui dépasse largement la curiosité dont les Japonais sont réputés capables pour ce qui vient de l’étranger. A l’instar de Kimihiko Konno par exemple, qui à tout juste 27 ans s’est subitement lancé dans l’importation d’oliviers turcs sur le sol japonais. 

Une passion essentielle donc, mais pas toujours suffisante d’après Toshiya Tada, grand ponte de l’huile d’olive au Japon, qui estime que de nombreux oléiculteurs du pays manquent de connaissances théoriques et pratiques. Un état de fait auquel tente de pallier l’Institut de recherche oléicole de Shodoshima, offrant conseils et formations aux producteurs de l’île.

Notons au passage que, dans un contexte de vieillissement accéléré de la population et de forte dépendance aux importations, le gouvernement japonais a décidé d’encourager les jeunes à rejoindre les rangs du secteur agricole, en les soutenant financièrement.

De l’importance des produits dérivés

Ces subsides ne sont toutefois pas suffisants pour compenser les dommages causés par un typhon par exemple. Heureusement la plupart des producteurs du pays se sont diversifiés pour optimiser les revenus qu’ils peuvent tirer de leurs arbres. Outre les olives de table, nombreux sont ainsi ceux qui produisent du thé à partir des feuilles d’olivier, comme Enshu Olives ou Yamahisa. D’autres, à l’instar de Takao Farm, se sont également lancés dans les cosmétiques. La boutique de Toyo Olives offre elle un bel aperçu de ce dont la créativité nippone est capable : savons, confitures, olives sucrées, au chocolat, huile raffinée et désodorisée pour la cuisson, etc.

Certains ont toutefois un peu trop tiré sur la corde. L’Olive Park de Shodoshima, conçu initialement comme un lieu de pédagogie et de promotion de l’huile d’olive japonaise, est en réalité devenu un vaste parc d’attraction, où les touristes sont invités à acheter de nombreux produits plus ou moins liés à l’olivier. Des glaces aux chewing-gums en passant par la bière ou le cidre, tout est mis aux couleurs de l’huile d’olive, même si l’on n’y reconnait que rarement le goût…

Quel avenir pour l’huile d’olive au Japon ?

A en croire les uns et les autres, la consommation d’huile d’olive au Japon devrait continuer à croître, même si elle connaît une relative stagnation depuis 5 ans. La part de la production domestique dans ce marché devrait elle rester extrêmement faible, compte tenu de la rareté des terres arables du pays et des difficultés associées à l’oléiculture.

La question se pose alors en ces termes : vers quel pôle le marché s’orientera-t-il ? Des huiles de qualité moyenne, vendues trop cher pour ce qu’elles sont, ou bien des produits de qualité choisis avec soin par les importateurs ? C’est en faveur de cette seconde option que de nombreux acteurs tentent de faire pencher la balance, qu’il s’agisse de la direction actuelle de l’Institut de recherche oléicole de Shodoshima, de l’association Olive Japan dirigée par Toshiya Tada ou de la Chambre de Commerce Italienne au Japon, qui organise chaque année le Japan Olive Oil Prize.

Ces derniers estiment même que le Japon pourrait représenter une opportunité formidable pour tout oléiculteur européen ayant une certaine connaissance du marché nippon et qui ferait le choix d’écouler sa production sur l’archipel à des prix bien plus élevés que sur le vieux continent. A bon entendeur…

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