En Iran, la ruée vers l’or vert

Producteur : Famille Nazari
Marque : le nom commercial n’a pas encore été arrêté 
Année d’installation : premiers arbres plantés en 2016
Localisation : Siah Push, province de Ghazvin, Iran
Surface cultivée : 150 ha
Variétés : Arbequina, Koroneiki et Manzanillo, ainsi que les variétés natives Zard et Mori
Spécificités : Culture intensive pour les arbres à huile d’olive


La région de Rudbar et Manjil, à 3 heures de route à l’ouest de Téhéran et aux pieds des monts de l’Elbourz, est un des hauts lieux de la production oléicole en Iran. D’immenses oliveraies parsèment à perte de vue les vastes plateaux qui bordent le lac de barrage du Sefid Roud, certaines anciennes et majestueuses, d’autres plus jeunes voire très récentes. Car de nombreux professionnels et particuliers continuent régulièrement à investir les champs encore vacants pour y établir de nouvelles exploitations. C’est le cas de la société de la famille Nazari, qui a décidé en 2016 de planter ici 150 hectares d’oliviers, et dont nous avons rencontré l’ingénieur agronome en chef.

Un village abandonné au milieu des oliviers, juste avant l’entrée de Shiah Push – © In Olio Veritas

In Olio Veritas – Hojat Shoja bonjour, et merci de nous recevoir. Pour commencer, à qui appartient cette exploitation, et quel est votre rôle ici ?

Hojat Shoja – C’est notre plaisir de vous recevoir. Cette plantation appartient à la holding de la famille Nazari, dont le coeur de métier historique est la pistache, qu’elle exploite sur plus de 2 000 hectares dans différentes régions du pays. Récemment, la famille Nazari a souhaité diversifier ses activités avec l’oléiculture. Ils ont acheté 150 hectares de terrain ici : 100 hectares pour faire de l’huile d’olive en super intensif, et 50 hectares pour faire des olives de table. Quant à moi, je suis ingénieur agronome au sein de cette société depuis plusieurs années, et m’occupais auparavant de pistachiers. J’ai été détaché ici pour superviser les travaux de plantation et la vingtaine d’ouvriers arboricoles qui s’en occupe.

Hojat Shoda fait honneur à la légendaire hospitalité iranienne et nous accueille chaleureusement dans son bureau préfabriqué – © In Olio Veritas

IOV – Pouvez-vous préciser ce que vous appelez super intensif ?

H.S. – Les oliveraies à huile d’olive sont plantées avec un espacement de 2 mètres entre chaque arbre et 4 mètres entre chaque rangée, ce qui nous permet d’avoir 1 400 arbres environ par hectare. Soit près de 150 000 arbres au total pour la production d’huile d’olive ! Nous ne pourrons évidemment pas récolter les olives à la main, et nous commençons donc à prospecter différents fournisseurs pour faire l’acquisition de machines agricoles permettant une récolte rapide et efficace. Pour les 50 hectares d’arbres à olives de table, nous nous limitons à 500 arbres par hectares, ce qui permettra une récolte à la main.

Une parcelle plantée en super intensif il y a 3 ans – © In Olio Veritas

IOV – Faire sortir de terre une oliveraie de 150 hectares doit être un travail gigantesque, surtout avec une telle densité. Comment vous y prenez-vous ?

H.S. – C’est effectivement beaucoup de travail, mais avant tout beaucoup d’organisation et de planification. Nous sommes aidés pour cela par une équipe de 4 consultants grecs, qui ont davantage d’expérience que nous. Les 150 hectares ont été divisés en plusieurs parcelles, que nous plantons progressivement. Les plus anciennes l’ont été il y a trois ans, quand d’autres sont encore à nu. Tous les plants proviennent de pépinières iraniennes, principalement à Bandar Abbas, situé à l’autre bout du pays sur le Golfe d’Oman, ce qui nécessite aussi un peu d’organisation. Enfin nous prévoyons de construire dès l’année prochaine la fabrique qui accueillera le moulin et les chambres de stockage. Pas plus tard, car les arbres des premières parcelles ont déjà donné leurs premiers fruits à l’automne dernier : environ une tonne que nous avons récoltée avec joie, et pressée dans un moulin de Rudbar.

Des oliviers de variété Arbequina âgés d’un an et prêts à être plantés – © In Olio Veritas

IOV – Et comment était l’huile ?

H.S. – Je suis ingénieur agronome donc personnellement le rendement m’intéresse davantage que le goût ! En l’occurrence le rendement était moyen, de l’ordre de 10% d’huile par olive, mais c’est normal car les arbres sont encore jeunes. D’ici 3 à 5 ans nous devrions atteindre des taux de 20% au minimum, c’est ce que nous ont promis les consultants grecs. Nous avons choisi des variétés à haut rendement en huile, et résistantes aux conditions locales : Arbequina et Koroneiki. 

Speculation sur la taille des arbustes d’ici 3 à 5 ans – © In Olio Veritas

IOV – Pouvez-vous nous en dire plus sur les conditions météorologiques justement ?

H.S. – Nous avons dans cette région beaucoup d’ensoleillement, des températures qui peuvent monter jusqu’à 40°C l’été mais descendent rarement sous 0°C l’hiver, très peu de précipitations – de l’ordre de 100mm par an en moyenne – et enfin beaucoup de vent. Tous les jours, le vent se lève en début d’après-midi et il n’est pas rare que les rafales dépassent les 100 km/h. Le gouvernement ne s’y est d’ailleurs pas trompé, et a installé ici une centaine d’éoliennes l’an dernier. Sur les conseils de nos amis grecs, nous avons quant à nous planté des rangées d’oliviers de la variété Zardr, très résistante, entre chaque parcelle qui serviront avant tout à protéger les autres arbres du vent.

Des éoliennes d’un an veillent sur des oliviers plantés dix jours auparavant – © In Olio Veritas

IOV – Il y a vraiment peu de pluie et le soleil tape fort. Vous devez donc irriguer régulièrement les arbres ?

H.S. – En effet. Nous avons un puits en bordure du lac, d’où nous pompons toute l’eau dont nous avons besoin, que nous redistribuons en goutte à goutte aux arbres à l’aide d’un réseau d’irrigation patiemment installé et d’un calendrier déterminé avec l’aide de nos consultants grecs. Ils nous ont également aidés à planifier les campagnes de fertilisation du sol, qui présente l’avantage d’être très drainant mais ne contient en revanche pas beaucoup de nutriments.

La marche à suivre pour le traitement, la fertilisation et l’irrigation des parcelles plantées il y a un an, selon les experts grecs – © In Olio Veritas

IOV – Une dernière question plus personnelle : voyez-vous une différence avec la culture de la pistache et avez-vous une préférence ?

H.S. – Le pistachier et l’olivier ne s’épanouissent pas dans le même genre de climat. Le pistachier est par exemple beaucoup plus résistant au froid. Il demande en revanche beaucoup plus d’eau que l’olivier, et a besoin d’une température assez fraîche au printemps pour donner des fleurs. Bref c’est très différent, et je n’ai pas vraiment de préférence : je suis content au milieu des arbres quels qu’il soient. Et puis regardez ici, n’est-ce pas un cadre magnifique pour travailler ?

On ne va pas le contredire ! – © In Olio Veritas

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