Journal de l’oliveraie – Automne/hiver 2022/23

Les 9 premiers mois de l’année 2022 n’ont pas été très favorables : sécheresse et pics de chaleur ont réduit à néant la production des oliviers dans notre verger non irrigué. Malgré cela, nous avons continué à prendre soin de nos arbres, pour préparer une récolte 2023 que nous espérons plus prolifique !

Lutter contre les champignons

En dépit d’une sécheresse très marquée, nos oliviers montrent les stigmates d’une contamination assez sérieuse par l’œil de paon, un champignon qui affaiblit les feuilles et réduit le potentiel de photosynthèse des arbres. Nous avons ainsi procédé à deux pulvérisations de cuivre au cours de l’automne 2022 et une autre au printemps 2023, quand les risques de propagation sont les plus élevés.

Pourquoi du cuivre ? Parce que cette substance, en recouvrant les feuilles, les protège en inhibant la germination des spores de l’œil de paon. Il s’agit donc d’un traitement préventif, et non curatif : le cuivre ne « soigne » pas les feuilles contaminées, il limite le développement des foyers. Pour limiter les quantités de cuivre pulvérisées dans le verger, nous optons pour des dosages réduits et complétons généralement avec une décoction de prêle des champs, réputée pour son action anti-fongique.

Des feuilles frappées par l’œil de paon – © In Olio Veritas

L’utilisation du cuivre se fait par ailleurs en complément d’une autre méthode de prévention : la taille des arbres, au printemps. En réduisant le feuillage, on permet en effet une meilleure circulation de l’air dans l’arbre, entraînant une humidité moindre et donc un environnement moins propice à la propagation de l’œil de paon.

Prendre soin du sol

S’occuper du feuillage c’est important. Mais nourrir le sol l’est tout autant. Dans l’oliveraie, nous optons depuis 3 ans pour l’apport de matière organique, à laquelle les bactéries, animaux et champignons vivant dans le sol vont s’attaquer et décomposer en minéraux et nutriments qui seront alors disponibles pour les racines des arbres.

Cette technique présente de nombreux avantages par rapport à l’apport d’un engrais (c’est-à-dire de minéraux et nutriments directement disponibles pour les arbres). Tout d’abord, on réutilise de la matière déjà disponible plutôt qu’un produit conçu spécialement pour cet usage et très gourmand en énergie. Ensuite, en cherchant à nourrir le sol puis l’arbre (et non l’arbre directement), on améliore peu à peu la structure et la vie du sol, qui retiendra de mieux en mieux l’eau et les nutriments. Enfin, on peut épandre la matière organique à peu près quand on veut (mieux vaut toutefois éviter les mois les plus chauds et secs), alors que les engrais doivent être appliqués dans des créneaux bien précis.

Avec une douzaine de copains venus spécialement pour l’occasion à la Toussaint, nous avons donc remplacé le traditionnel week-end de récolte par un atelier fumier de cheval ! Plus de 10 mètres cubes de crottin ont ainsi été pelletés dans 2 écuries privées, remorqués et épandus au pied des arbres. Et, miracle !, après 10 mois sans eau, la pluie a fini par retomber quelques temps après, permettant une meilleure interaction entre le fumier et la vie du sol. Plus de 300mm de pluie sont tombés en novembre et décembre, soit deux fois plus que le bien maigre cumul des 10 mois précédents de l’année…

Comment tirer profit de ces rares pluies ?

Conséquence du dérèglement climatique, les pluies se font de plus en plus rares en Provence, mais aussi de plus en plus intenses quand elles arrivent enfin. Cela pose un gros problème car les sols s’assèchent sous l’effet du manque d’eau, et retiennent donc moins bien la pluie lorsqu’elle tombe, dont une grande partie ruisselle et ne profite donc pas au sol ni aux arbres.

Face à cette situation de plus en plus fréquente, le Groupement des Oléiculteurs de Vaucluse a organisé en janvier 2023 une formation dispensée par Alex Siciliano sur la meilleure valorisation des eaux de pluie. Nous y avons notamment découvert la méthode dite « sandwich » qui consiste à combiner travail du sol et enherbement permanent pour tenter de cumuler les avantages des deux techniques et réduire leurs inconvénients respectifs.

Une tranchée réalisée pour comparer l’infiltration de l’eau en fonction de différents types de terrain – © In Olio Veritas

Concrètement, cette méthode revient à laisser de grandes zones enherbées, ce qui limite l’érosion et permet une meilleure infiltration de l’eau de pluie, tout en travaillant par endroits le sol en surface en créant des bandes légèrement griffonnées et susceptibles de garder sur la parcelle le surplus d’eau non absorbée qui risque autrement de ruisseler au loin. Un travail superficiel du sol qui favoriserait également l’activité de la vie du sol et donc la digestion de la matière organique.

En résumé, il est souhaitable de favoriser une approche combinée, en adoptant une double mixité dans le travail du sol. Mixité dans l’espace (griffonner 1 rang sur 2 ou 3 ou 4…), et mixité dans le temps (espacer les griffons sur un même rang de 1 an, 2 ans, 3 ans…).

Des aménagements pratiques

L’automne et l’hiver, c’est aussi une période propice aux travaux d’entretien des abords de la parcelle. Nous avons ainsi remonté deux nouveaux pans de mur en pierre sèche qui s’étaient écroulés précédemment, et il nous reste encore plusieurs chantiers de ce type à mener au cours des années à venir !

Mais surtout, nous avons enfin installé sur l’oliveraie un cabanon pour abriter notre matériel. La structure, achetée d’occasion sur Le Bon Coin, était simple à monter mais peu gracieuse d’aspect. Nous avons alors décidée de la recouvrir de canne de Provence séchée, pour une meilleure intégration paysagère. Un chantier long et fastidieux, mais dans lequel nous avons été heureusement assistés par nos amis venus épandre le fumier à la Toussaint.

Un début d’année 2023 déjà bien chargé

Malgré l’absence de pluie depuis le début du mois de janvier (pluviométrie comparable à celle déjà très basse du premier semestre 2022), nous gardons l’espoir d’obtenir une petite récolte cette année, et mettons donc toutes les chances de notre côté.

Lors du traitement antifongique de mars, nous avons ainsi expérimenté un nouveau produit, le Glucotech, qui combine cuivre et engrais foliaire, pour booster la nutrition de nos arbres, menacée par le manque d’eau dans le sol. Puis nous avons carrément ramené plus de 10 mètres cubes d’eau du canal pour arroser une partie du verger mi-avril, car c’est à cette période que les arbres ont le plus besoin de se sentir en confort hydrique. Comme le disait Alex Siciliano durant la formation évoqué précédemment, « un arrosage en avril vaut 100 fois mieux qu’un arrosage en juillet« . Enfin nous avons épandu, comme chaque année en avril, un purin d’ortie qui constitue un excellent engrais naturel, particulièrement riche en azote.

Arrosage des oliviers assoiffés – © In Olio Veritas

Côté taille des oliviers, nous avons en revanche eu la main assez légère car, sous l’effet de la sécheresse, les arbres ont fait peu de branches et feuilles nouvelles en 2022. Et ont au contraire subi une défoliation assez sévère pour certains, à cause de l’œil de paon. Pour ne pas les affaiblir davantage, et garder un potentiel de photosynthèse maximal, nous avons donc taillé principalement le petit bois mort, qui gêne parfois le passage des peignes lors de la récolte. Nous avons ensuite broyé tout cela et utilisé le résidu comme paillage au potager !

La situation au début du mois de mai présente ainsi un visage précaire : les arbres semblent mieux se porter, grâce aux pluies abondantes de l’automne, mais l’absence de précipitations depuis janvier laisse planer la menace d’une seconde année consécutive sans récolte. Les mois de mai et juin, avec la floraison et la nouaison des olives, seront particulièrement cruciaux ! A suivre…

L’oliveraie revêt ses plus jolies couleurs à l’arrivée du printemps – © In Olio Veritas

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