Domaine Nicoleau – Drôme – France

  • Producteur : Gilbert Nicoleau
  • Marque : Domaine Nicoleau / La Ferme d’Ollon
  • Depuis : 4 générations (1902)
  • Lieu : Bénivay-Ollon, Drôme
  • Oliveraie : 3,5 hectares
  • Variété : Tanche
  • Récolte : novembre, peignes électriques
  • Moulin : moulin en propre
  • Production : 2000 L
  • Autres produits : olives de table, tapenade, abricots, liqueurs
  • Spécificités : famille de distillateurs

L’art nécessaire mais alambiqué de la polyculture

Gilbert Nicoleau est installé à la sortie de Bénivay, un petit village non loin de Buis-les-Baronnies, en plein cœur de la Drôme provençale. A côté de la distillerie familiale établie en 1902, Gilbert exploite aussi des vergers d’oliviers et d’abricotiers. Quelque peu désemparé par les évolutions et les perspectives des marchés sur lesquels il opère, Gilbert a toutefois fait le choix d’investir récemment dans de nouveaux outils de production, pour donner un horizon à son fils qui compte reprendre l’affaire, et avant tout la distillerie.

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A droite, le moulin à huile. A gauche, la distillerie. – © In Olio Veritas

Au gré des années qui passent, Gilbert Nicoleau a sans doute imaginé certains soirs qu’il serait le dernier à exploiter les terres et la distillerie familiales établies aux abords de Buis-les-Baronnies et transmises sur 4 générations depuis 1902. C’était compter sans son fils, parti travailler des années durant dans un bar en Martinique, mais qui a finalement décidé de rentrer au bercail pour se préparer à prendre la suite. Intéressé davantage par l’eau-de-vie, il faut bien le dire, que par l’huile d’olive ou les jus d’abricot.

Impossible néanmoins de mettre tous ses œufs dans le même panier, sous peine de se retrouver sur la paille quand les choses tournent mal ! Les agriculteurs de la Drôme provençale le savent trop bien, qui sont tous ou presque en polyculture pour atténuer les effets des mauvais cycles qui se présentent à tour de rôle.

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Une bouteille d’huile d’olive de la Ferme d’Ollon – © In Olio Veritas

Le paternel veille sur le fiston

Alors, pour inciter son fils à poursuivre au moins la production oléicole à côté de la distillerie, Gilbert n’a pas hésité quand son voisin Claude Dumas lui a proposé à la vente un moulin d’occasion. « Je n’avais pas de moulin, j’ai pris l’apéro avec Claude, et une heure après j’avais un moulin » raconte Gilbert. Un investissement de 15 000€ qu’il pense amortir assez rapidement, lui qui s’acquittait jusqu’alors de 3000€ à 5000€ de frais de trituration chaque année auprès du moulin communal.

Pour lui mettre le pied à l’étrier, Gilbert a également investi pour son fils dans un tout nouvel alambic de fabrication allemande, et est en train d’aménager le hangar de distillation pour le rendre plus confortable. De nombreux soins et investissements pour adoucir le choc de l’installation, tant le métier peut paraître rude. Surtout lorsqu’on revient des Antilles ?

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Le bel alambic ultra-neuf de la famille Nicoleau – © In Olio Veritas

C’est la fin des abricots

Longtemps produit phare de la région, l’abricot n’a ainsi plus la cote et sa commercialisation est devenu un véritable casse-tête chinois pour Gilbert. Le meilleur débouché qu’il ait trouvé se situe en Savoie, sur un marché de producteurs à 4 heures de route, où il passe 2 jours chaque semaine de l’été ! Mais le commerce au détail ne lui permet pas de tout vendre, et il est ainsi contraint de céder le reste aux opérateurs de la grande distribution, à bas prix. Alors qu’un kilo d’abricots lui coûte 80 centimes à produire, la vente en gros tourne autour de 50 centimes par kilo…

« Produire et vendre sont deux métiers très différents » rappelle Gilbert. « Cela fait à peu près 5 ans que je me suis mis à la vente au détail pour tenter d’améliorer les revenus, mais cela demande beaucoup de temps » poursuit-il. Or du temps il n’en a guère, car quand on pratique la polyculture on est sur plusieurs fronts tout au long de l’année. « Mais c’est ce qui m’a sauvé du marasme économique en 2014 notamment, quand la récolte des olives a été bouffée par la mouche ».  

Autre atout dans sa manche, ses parcelles ne sont pas toutes situées au même endroit. Pour les oliviers par exemple, il possède un verger au pied de sa ferme et en exploite un second à Buis-les-Baronnies. « Cette année, avec la chaleur, les fleurs ont grillé sur ma parcelle ici à Bénivay, avant même d’avoir été pollinisée. En revanche à Buis il devait faire quelques degrés de moins et elles n’ont pas souffert. Ma récolte est donc en partie sauvée » explique-t-il.

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L’affinade est une préparation typique de la région de Nyons, 100% à base d’olives – © In Olio Veritas

La salle des machines

En dépit des problèmes de culture et de commercialisation, Gilbert Nicoleau semble heureux dans cet environnement, avec ses nouvelles machines. Il apprend à se servir de son moulin, en affine les réglages, et contemple avec fierté les grandes cuves en inox qui protègent son huile de la lumière et l’oxygène. A côté d’elles trône un plus petit bidon pour Horus, son chien, qui raffole visiblement de l’huile d’olive AOP de Nyons !

Dans la pièce d’à côté, on retrouve la distillerie avec son alambic et un bar de dégustation que Gilbert et son fils sont en train de construire en vue de la prochaine saison touristique. Dans un espace à part, des bidons où fermentent les préparations à base d’abricot, de cerise ou de poire qui pourront être distillées quand le sucre des fruits aura fini de se transformer en alcool. Sans oublier la recette préférée de la maison, un élixir aromatisé aux fleurs de thym : délicieux !

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La gamme des produits du Domaine Nicoleau : eaux-de-vie en haut et produits à base d’olive et d’abricot en bas – © In Olio Veritas

Pour des raisons de santé publique, la profession de distillateur est très encadrée : journées travaillées, quantité d’alcool produit, tout doit être déclaré aux Douanes, qui n’hésitent pas à faire des visites de contrôle inopinées pour éviter les fraudes. C’est un métier qui demande également beaucoup de précision, notamment pour la mesure du degré d’alcool, effectuée avec un matériel aussi précieux qu’onéreux, et qui doit être ajustée en fonction de la température ambiante de la pièce.

Bref avec un alambic aux allures de sous-marin, de beaux instruments de bord et de mystérieuses tables de calcul, on comprend que le fils de Gilbert ait été rattrapé par le virus familial. On lui souhaite de prendre autant de plaisir avec les olives et du courage pour les abricots.

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Les outils de mesure du degré d’alcool et la table de conversion – © In Olio Veritas

 

Retrouvez tous nos articles sur l’huile d’olive en France par ici !

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