Morkos – Liban

  • Producteur : Mona et Kamel Morkos
  • Marque : Morkos Premium Extra Virgin Olive Oil
  • Année d’établissement : 2000
  • Lieu : Deir Mimas, Liban
  • Oliveraie : 6 hectares, 1400 arbres
  • Variétés : Soury, Baladi et quelques Arbequina
  • Récolte : fin septembre pour l’extravierge
  • Moulin : utilise le Alpha Laval 3 phases de producteurs voisins
  • Production : 220L d’extravierge, 800L d’huile vierge et 200L de lampante pour les savons
  • Autres produits : olives de table, savons, mélasse de grenade et de caroube, fruits divers
  • Spécificités : magasin de producteurs

Les fruits de la réussite

Enfant du village de Deir Mimas, à deux pas de la frontière israélienne, le Docteur Morkos a été contraint de quitter son pays à fin des années 1980. Il part faire fortune dans l’aménagement de boutiques à Dubaï et quand il revient en juin 2000, une semaine après le retrait des troupes de Tsahal, il décide de s’investir dans son village natal. Il s’y fait construire le palais de ses rêves, puis devient maire de la commune de 2004 à 2010 pour participer à l’effort de reconstruction. L’économie de Deir Mimas repose depuis toujours sur l’oléiculture, mais de nombreuses oliveraies sont alors à l’abandon. Il rachète différentes parcelles pour construire petit à petit son empire et il confie à sa nouvelle compagne, Mona, le soin d’en gérer la culture et la production d’huile d’olive. Le couple profite de son aisance financière pour voir les choses en grand et viser l’excellence.

Vue du jardin des Morkos sur l’océan d’oliviers de Deir Mimas. – © In Olio Veritas

IOV – Votre huile d’olive extravierge est réputée être la meilleure du coin. Quel est votre secret ?

Kamel et Mona – C’est une grande chance que nous avons et je dois dire que cela vient de plusieurs facteurs clés. Tout d’abord, c’est grâce à l’expertise d’autres oléiculteurs bien plus expérimentés que nous apprenons chaque année : Anne et Anouar sont des personnes extraordinaires qui nous conseillent à chaque étape : plantation, travail du sol, irrigation, taille, récolte, presse, stockage, etc. Nous sommes tout les quatre engagés dans une démarche biologique et nous partageons beaucoup pour faire progresser nos huiles d’olive. Ensuite, nous avons la chance d’avoir plusieurs employés à temps plein pour s’occuper de nos cultures : un Libanais, deux Bengalais et un Philippin, le mari de notre cuisinière. Nous les suivons de près pour nous assurer que le travail est bien fait tout au long de l’année, notamment au moment de la récolte.

Le cru 2018 présente une acidité de 0,1% (la limite est 0,8% pour extravierge), bravo ! – © In Olio Veritas

IOV – La récolte est un moment clé pour la qualité de l’huile d’olive extra-vierge. Comment vous organisez-vous ?

Mona – La récolte est une période très stressante, mais grâce à cette fine équipe que je complète avec quelques travailleurs temporaires nous sommes efficaces. Dès le mois de septembre, chaque jour, je fais le tour des arbres pour observer la couleur des olives et l’odeur qui s’en dégage. Je recherche des olives vertes à peine tournantes et très parfumées. Si un arbre est prêt à être récolté, je lui accroche un ruban. Et la récolte a lieu le matin même, manuellement, par mes ouvriers. Avec une équipe de femme, nous trions au fur et à mesure les olives pour enlever celles abimées par la mouche de l’olive notamment. Puis la presse se fait dans la foulée, le même jour, au moulin voisin de Anne et Anouar. Je profite du décanteur et du filtre réservé à l’huile d’olive biologique installé par Anne. Enfin, je mets en bouteille de verre et je stocke le précieux liquide dans un frigo à 13°C, lui-même installé dans une chambre froide à 16°C. En 2018 la récolte des olives pour l’huile d’olive extra vierge a commencé le 24 septembre et s’est terminée le 1er octobre.

Le frigo magique de Mona, la clé d’une bonne conservation de l’huile d’olive extravierge ! – © In Olio Veritas

IOV – Vous voulez dire que vous séparez les récoltes dans le temps en fonction de la qualité recherchée ?

Mona – Tout à fait. Ici dans le sud du Liban les olives murissent vite, très vite pendant la saison. Pour avoir une huile d’olive extravierge premium il nous faut des olives vertes issues de parcelles irriguées. Cela réduit le nombre d’arbres candidats et surtout la fenêtre de temps est très limitée, car ensuite les olives deviennent noire. Elles perdent leur parfum mais contiennent davantage d’huile, ce qui nous sert à faire de l’huile d’olive vierge, de moins bonne qualité, mais en plus grande quantité. Ironie du sort, ce sont ces huiles là qui plaisent aux Libanais !

L’oliveraie a été terrassée pour faciliter le travail des ouvriers sur cette parcelle. – © In Olio Veritas

IOV – À qui vendez-vous vos huiles vierges et extravierges ?

Mona – Nous vendons l’huile vierge par gallons de 17L à des clients réguliers dans la région ou sur Beirut. Les 800 litres annuels partent à peu près sans problème pour une moyenne de 8$ le litre. Pour l’huile d’olive extra-vierge c’est une autre histoire ! Au Liban il n’y a pas de marché pour les huiles de qualité. D’une part les gens sont habitués au goût des huiles paysannes, souvent rances. D’autre part personne ne sait ce que signifie « extravierge » et donc personne n’est prêt à payer plus pour ce produit, qui est de minimum 30$ le litre pour couvrir nos coûts. Nous proposons notre huile premium à Beyrouth et dans notre magasin de producteur ici, mais rien ne part. C’est désespérant. Nous ne savons pas à qui vendre notre huile d’olive extra-vierge, fruit de tout ce travail et de tous ces investissements !

Dans le magasin de producteurs des Morkos, pour vendre leurs produits et ceux des artisans de la région. – © In Olio Veritas

IOV – C’est absurde ! Le gouvernement se mobilise-t-il pour vous aider ?

Mona – Vous pensez bien que non. En général au Liban l’agriculture est abandonnée à ses problèmes. Rien n’est fait par les élus pour nous aider à trouver un marché. Il faudrait des campagnes d’information et de promotion, des aides à l’exportation, des formations pour améliorer la qualité, des labels, etc. Mais à l’inverse, le gouvernement nous met des bâtons dans les roues avec des procédures insurmontables concernant l’exportation. Dites-vous que même l’armée libanaise ne s’approvisionne pas auprès des producteurs libanais. Le marché est inondé d’huile de contrebande syrienne à prix cassés, le gouvernement devrait davantage protéger les producteurs libanaise qui ont des coûts de production élevés.

Le village de Deir Mimas perché au sud du Liban. – © In Olio Veritas

IOV – Quelles solutions voyez-vous pour le futur ?

Mona – Il faut redynamiser le village de Deir Mimas, attirer des jeunes et des touristes malgré les barrages de l’armée et de l’ONU. Pour cela il faut créer des emplois et des infrastructures, et l’écotourisme me semble être la solution. J’ai monté l’association Aghsan pour promouvoir la culture et l’environnement locaux. Avec Kamel nous avons aussi créé un site internet pour la ville et Deir Mimas Olive Oil est une page Instagram active pour promouvoir la région et son bien le plus précieux : l’huile d’olive. Nous avons ouvert la première maison d’hôte cette année dans les locaux de l’association et nous avons tracé le premier chemin de randonnée, disponible sur Wikiloc. Je réfléchis de plus à des activités liées à l’olive que nous pourrions proposer ici. Je vous propose d’ailleurs d’être nos cobayes pour une dégustation animée par notre fin oléologue Anouar ! Et toutes vos suggestions sont les bienvenues.

Enfin, vous savez, rien n’est certain dans la région. Nous avons toujours une maison à Prague au cas où tout s’écroulerait ici !

Dégustations d’huiles locales avec Mona et Anouar à l’ombre d’un olivier – © In Olio Veritas

Pour en savoir plus sur l’huile Morkos, voici le compte Instagram de Mona Morkos et le site de l’association Aghsan.

Pour retrouvez tous nos articles sur l’huile d’olive au Liban, c’est par ici !

 

 

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