Entretenir son sol en oléiculture

Quand on cultive des arbres en amateur, on se préoccupe beaucoup des fruits, des branches, des feuilles… Bref, tout ce qui est nous est visible. Mais ce qui se passe sous nos pieds, et donc à l’abri de nos yeux, est tout aussi important que ce qui se déroule à la surface. Résumé d’une journée de formation sur l’entretien du sol auprès du Groupement des Oléiculteurs de Vaucluse et Alex Siciliano.

L’arbre est un système complet

Pour comprendre l’importance du sol en arboriculture, il faut bien se figurer l’arbre comme un système circulaire complet. Les racines de l’arbre jouent ainsi un rôle aussi important que le branchage et les feuilles, et tous ensemble agissent de façon complémentaire.

En très résumé et de façon schématique, les racines vont puiser dans le sol des éléments minéraux mélangés à de l’eau, pour constituer ce qu’on appelle la sève « brute ». Cette sève brute va ensuite remonter toute la hauteur de l’arbre jusqu’à parvenir dans le branchage et les feuilles où, sous l’action du soleil, la photosynthèse va transformer les minéraux en matière organique (lipides, glucides, protides…). Cette sève, devenue « élaborée », va ensuite permettre d’alimenter, entre autres, les fruits de l’arbre.

(c) Le Chemin de la Nature

Pour avoir de beaux fruits, il ne suffit donc pas d’avoir de belles branches et un feuillage abondant. Il faut aussi soigner et gâter son sol pour permettre aux racines d’y trouver l’alimentation nécessaire.

Volume et nature de sol

Quand on achète (ou loue) un terrain agricole, on achète par convention une surface de sol : 5000m², 1 hectare, 50 hectares… Mais en réalité, le critère que l’on devrait prendre en compte, c’est le volume de ce sol. C’est-à-dire la profondeur de terre utile dont on dispose sous cette surface. La terre utile se définissant comme la partie contenue entre la roche mère en profondeur d’une part, et la couche de surface où pousse l’herbe d’autre part.

Une fois connu ce volume de terre utile (en creusant des trous dans le sol), il convient par la suite d’en déterminer la nature, c’est-à-dire la texture et la granulométrie des éléments qui le composent. S’agit-il d’un sol plutôt argileux, qui a pour avantage de bien stocker l’eau mais comme inconvénient d’être plus sujet à la compaction et l’asphyxie ? Ou bien d’un sol plutôt sableux, qui est plus drainant mais stocke par conséquent moins bien l’eau ?

Lors de la formation à laquelle nous avons insisté, les trous avaient été creusés à la pelleteuse.

En combinant la profondeur et la nature du sol, on connaîtra ainsi la réserve utile du terrain, c’est-à-dire la quantité d’eau que peut stocker la terre utile sur toute sa profondeur. En fonction de la valeur de cette réserve utile, il sera plus ou moins nécessaire d’arroser ou irriguer ses arbres en période de sécheresse. Car on le rappelle : sans eau, les minéraux n’ont plus de véhicule pour remonter jusqu’aux branchages et aux feuilles. L’arbre perd donc sa source d’alimentation.

Amendement et fertilisation

Une fois réglée la question de l’eau, intéressons-nous maintenant de plus près à ces fameux minéraux. Puisque les arbres les consomment en permanence pour se nourrir, il est important que le sol puisse reconstituer régulièrement son stock en minéraux, à défaut de quoi les arbres n’auront plus rien à manger que de l’eau.

Cela se fait en partie naturellement : les feuilles qui tombent sur le sol représentent une matière organique qui, petit à petit, va être décomposée par la vie souterraine (animaux, bactéries, champignons), et en partie minéralisée, c’est-à-dire transformée en minéraux. Mais cet apport naturel est souvent insuffisant par rapport à la quantité de minéraux utilisée par l’arbre pour produire les branches, les feuilles et les fruits d’une saison. Pour enrichir le sol, on doit alors lui apporter régulièrement de la matière organique provenant d’ailleurs : du fumier (origine animale) ou des végétaux non-ligneux (herbes tondue, feuilles…) qui auront été préalablement compostés. C’est ce qu’on appelle l’amendement du sol.

Pour maximiser le rendement en fruits des arbres, on peut aussi leur apporter des minéraux directement, sans attendre le processus naturel de décomposition de la matière organique par la vie du sol. C’est ce qu’on appelle la fertilisation des arbres. On peut donc retenir la distinction suivante : on amende le sol (action de long-terme) et on fertilise les arbres (action immédiate ou presque). Ces deux actions peuvent par ailleurs être complémentaires.

Dans tous les cas, on veillera à permettre une bonne assimilation des apports nutritifs par le sol et les racines. Idéalement grâce à la pluie, et à défaut en ayant recours à l’irrigation. En cas d’absence de pluie et de sécheresse, il sera alors nécessaire de travailler le sol après épandage des amendements ou fertilisants, en le retournant sur sa couche superficielle de telle sorte à ce que les apports y pénètrent plus facilement. Sinon… voir ci-dessous !

(c) In Olio Veritas

Enfin, il est nécessaire de nourrir son sol aux bonnes périodes, pour que les minéraux soient disponibles au moment où l’arbre en a le plus besoin et notamment au printemps pour la floraison, puis la nouaison. Pour ces raisons, on amendera plutôt à l’hiver tandis qu’on fertilisera surtout à l’arrivée du printemps.

De quel minéraux parle-t-on ?

Les besoins des arbres fruitiers se concentrent principalement sur 3 minéraux pour produire du bois, des feuilles, des fleurs et des fruits : l’azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K). Dans le cas précis de l’olivier, il est conseillé d’apporter chaque année et pour chaque hectare (ou 300 arbres) les quantités suivantes : 80kg d’azote, 40kg de phosphore et 120kg de potassium.

Si l’on amende le sol avec du fumier ou du compost, il faudra alors en apporter environ 10 tonnes par hectare pour atteindre approximativement ces volumes de minéraux disponibles (la quantité dépend évidemment de la qualité et des ingrédients du compost ou du fumier).

Si l’on fertilise les arbres, il faudra alors veiller à acheter des produits qui respectent ces proportions relatives entre les 3 minéraux, à savoir que pour une part de phosphore, il faut ainsi compter deux parts d’azote et trois parts de potassium. Privilégier donc les produits aux étiquettes type « 2/1/3 », « 4/2/6 », « 6/3/9 » ou approchant. Une étiquette « 6/3/9 » signifie qu’un kilo de ce produit contient respectivement 6%, 3% et 9% de nos minéraux, soit 60g d’azote, 30g de phosphore et 90g de potassium. Ainsi il faudra utiliser environ 1300kg de ce produit par hectare pour atteindre les volumes de minéraux disponibles souhaités. Il est par ailleurs recommandé de le faire en deux fois, avec un premier apport de 50% au début du mois de mars avant une bonne journée de pluie, puis le reste un mois plus tard environ, de nouveau avant une journée de pluie.

Et nous qu’est-ce qu’on fait dans tout cela ?

1/ Le sol et la réserve utile d’eau

A peine sortis de la formation, nous nous sommes tout d’abord empressés d’acheter une tarière pour creuser le sol à plusieurs endroits et connaître sa profondeur, sa nature et donc la réserve utile d’eau. En résumé, le haut de la parcelle bénéficie d’une terre très profonde (a minima 1,20 mètres qui est la longueur de la tarière) et assez sableuse. Au milieu de la parcelle, le sol est déjà moins profond (environ 70 à 80 cm de profondeur) mais tout aussi sableux. Quant au bas du terrain, la terre utile se trouve sur une profondeur de 60 cm environ, mais le sol y est moins sableux (il stocke donc davantage d’eau, et compense ainsi sa moindre profondeur).

Des p’tits trous, des p’tits trous… (c) In Olio Veritas

Pour les terres à dominance sableuse comme la nôtre, sous chaque m² de terrain, 1cm de profondeur peut stocker 1 litre d’eau. Sachant que deux tiers de cette eau est dite « facilement utilisable », de premiers calculs approximatifs nous permettent d’évaluer la réserve d’eau utile et disponible pour nos oliviers à 80 litres par mètre carré en moyenne pour l’ensemble de la parcelle. C’est-à-dire que sous chaque m² de terrain, notre colonne de terre utile est en mesure de stocker jusqu’à 80 litres restituables aux racines de l’olivier.

En considérant que les racines d’un arbre adulte se déploient sur une vingtaine de mètres carrés (pour un espacement comme le nôtre de 6 mètres entre les arbres), chaque arbre dispose donc d’un stock maximal d’un peu plus de 1500 litres d’eau. Or un olivier consomme entre 40 et 50 litres d’eau au printemps et à l’été. Après une bonne pluie ayant rempli la réserve d’eau, les arbres ont donc de quoi tenir un petit mois. S’il ne pleut pas dans cet intervalle, les oliviers vont rentrer en stress hydrique et il faudra alors envisager un apport en eau artificiel pour les soulager.

Une belle carotte de terre (à dominante sableuse) – (c) In Olio Veritas

Une autre façon de les soulager peut aussi consister à limiter l’enherbement du terrain. En effet les racines de l’herbe vont venir pomper une part de la réserve utile en eau. Pour limiter cette concurrence, on peut par exemple biner son terrain autour des oliviers, de telle sorte à casser les racines de certaines mottes d’herbe. D’où le fameux dicton « un binage vaut deux arrosages« .

Attention cependant à ne pas éradiquer complètement l’enherbement. Celui-ci a de nombreuses vertus, dont celui de maintenir la structure du sol en surface et donc de limiter l’érosion du sol liée aux effets du vent et de la pluie.

2/ L’apport en minéraux

Pour notre oliveraie nous avons privilégié, comme l’année précédente, l’apport d’un amendement pour le sol, à savoir du fumier de cheval composté entre 1 et 2 ans, issu d’un centre équestre à proximité qui donne une alimentation Bio à ses équidés.

Nous avons apporté environ 10 mètres cubes de ce fumier, soit 6 tonnes environ pour un peu moins d’un demi-hectare de plantation. Aucune précipitation n’étant prévue et tombée au moment où nous l’avons épandu, nous avons dû apporter autant d’eau que possible pour permettre la meilleure pénétration des éléments dans le sol.

Enfin nous avons également tenté d’activer au maximum la vie biologique du sol en épandant 40 litres de petit lait (chargé en bactéries) issu de la fabrication de fromages de notre amie Madeleine de la Laiterie Marseillaise.

Notre huile d’olive aura-t-elle un goût de chèvre cette année ? Réponse à la Toussaint !

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