Les chênes verts – Drôme, France

  • Producteur : Claude Dumas
  • Marque : Les Chênes Verts – Moulin de la Bâtie
  • Depuis : onze générations
  • Lieu : Beauvoisin, Drôme Provençale, France
  • Oliveraie : 20 Ha, 2000 arbres
  • Variétés : Tanche, Aglandau
  • Récolte : décembre – janvier
  • Moulin : en propre, Toscana 350 kg/h
  • Production : 1000-5000 L d’huile par an
  • Autres produits : abricots orangés de Provence, amandes, grenades
  • Spécificités : polyculture

La polyculture pour maintenir l’oléiculture ?

Claude Dumas est connu dans la région pour son franc parlé, mais surtout son engagement et sa grande connaissance technique de l’oléiculture. Du haut de ses montagnes surplombant magnifiquement les Baronnies, il soigne ses oliviers, ses amandiers et ses abricotiers, mais s’inquiète de l’avenir de l’agriculture française et de ce qu’il va pouvoir laisser à son fils Fabien.

Claude dans ses oliviers. – © In Olio Veritas

In Olio Veritas – Merci de nous recevoir Claude. Pouvez-vous nous présenter votre ferme ?

Claude Dumas – Nous sommes ici à 625 mètres d’altitude, dans le verger le plus haut de l’AOP des Olives de Nyons ! Cette ferme appartient à ma famille depuis onze générations. Nous produisons principalement des olives noires et de l’huile d’olive, des abricots et depuis peu des amandes et des grenades. Nous avions auparavant de la vigne, que nous avons remplacé par des oliviers car nous étions hors AOP Côtes du Rhône et ce n’était pas suffisamment rentable de produire du vin. Aujourd’hui, nous sommes quatre sur la ferme : mon père, mon fils, moi et un salarié saisonnier au printemps. Nous maitrisons toute la chaîne de la production en biologique, jusqu’à la commercialisation de nos produits.

In Olio Veritas – Comment entretenez-vous votre oliveraie ?

Claude Dumas – Nous avons 20 hectares d’oliviers, répartis sur plusieurs parcelles d’âges différents, ce qui demande beaucoup de boulot. Du haut de notre plateau, nous n’avons pas de possibilité d’irrigation, ce qui fait que nos olives sont plus petites de 2mm mais plus fermes que celles des autres producteurs de l’AOP Olives de Nyons. Nous labourons le sol en surface avec de petites lames pour limiter l’évaporation naturelle. Nous appliquons de la bouillie bordelaise trois fois par an et nous taillons les arbres tous les deux ans. Cette partie technique m’intéresse particulièrement, et, avec le Syndicat de l’Olive de Nyons, nous regardons les méthodes utilisées en Espagne ou en Italie pour améliorer nos pratiques. Cette année par exemple, nous avons taillé à la tronçonneuse de grosses branches, et non plus seulement des rameaux au sécateur.

La vue époustouflante de la ferme de la Batie. – © In Olio Veritas

In Olio Veritas – Et pour la récolte et la presse ?

Claude Dumas – Nous récoltons la variété Aglandau en novembre pour faire une huile fruité vert et la Tanche en décembre pour les olives noires et l’huile au fruité mûr AOP de Nyons. Je me suis équipé d’un vibreur de branche à porter sur le dos, c’est efficace, mais beaucoup trop lourd : 14 kg à porter pendant un mois toute la journée, c’est trop ! Je ne veux pas imposer ça à mon fils. Je regarde actuellement ce qui se fait comme vibreur de tronc, même si je suis un peu réticent sur les séquelles que cela peut laisser aux arbres.

Le vibreur de branche pèse 14 kg, sur le dos ! – © In Olio Veritas

Une fois récoltées, les plus grosses et belles olives sont mises en saumure pour faire des olives de bouche, et les autres partent au moulin. J’ai acquis un tout nouveau moulin juste pour nous, avec une laveuse, une effeuilleuse et deux malaxeurs, avec lequel nous pourrons presser 350 kg d’olives par heure. Nous stockons ensuite l’huile dans des cuves en inox, prête à être embouteillée sur demande. Nous produisons entre 1000 et 5000 L d’huile d’olive selon les années.

In Olio Veritas – Comment s’annonce cette année 2019 ?

Claude Dumas – Cette année, les oliviers souffrent de la sécheresse. Vous voyez sur les arbres que les feuilles commencent à tourner, pour se protéger du soleil. Je ne vois pas beaucoup d’olive, mais un dicton local dit : « une olive à la moisson, cent à l’olivaison », ce qui veut dire qu’en cette période estivale de moisson, les olives ont la couleur des feuilles, ce qui fait qu’on ne les voit pas bien, et qu’on peut être surpris de leur quantité quand leur couleur commence à foncer. Mais le risque avec la sécheresse actuelle est que, par manque d’eau, l’olivier abandonne ses fruits pour se concentrer sur ses branches. Ce serait une catastrophe pour nous. Car nous avons déjà une année très difficile du côté des abricots.

Les olives déjà bien grosses sous le soleil des Baronnies. – © In Olio Veritas

In Olio Veritas – Difficile au point que vous épandiez vous abricots comme engrais sous les oliviers ?

Claude Dumas – Nos petits abricots de la variété Orangé de Provence, autrefois appelés Polonais, n’ont plus la cote. Trop petits, pas calibrés, trop chers… avant même de les avoir goûtés, les gens s’en détournent pour aller vers les gros abricots bien rouge mais fades que l’on voit partout, et ceux d’origine espagnole à prix cassés. C’est vraiment injuste et à ce rythme, l’agriculture française va se casser la gueule… Donc oui, on s’est retrouvés avec tous ces abricots invendables sur les bras et, plutôt que de les jeter, nous avons préférer apporter leurs nutriments aux oliviers. C’est anecdotique pour les oliviers, mais au moins ce n’est pas totalement gâché.

Les abricots nourrissent les oliviers… – © In Olio Veritas

In Olio Veritas – Comment réagir face à ces problèmes de distribution ?

Claude Dumas – C’est tout l’intérêt de la polyculture. Une mauvaise année d’un fruit devrait être compensée par une autre culture, pour tendre péniblement vers l’équilibre. Nous avons planté des amandiers car il y a un plan de relance en France, donc nous espérons que cette nouvelle culture nous permettra de compenser les pertes côté abricots. Mais la concurrence étrangère – principalement de l’Espagne – fait rage tandis que les volumes de transaction au MIN de Châteaurenard par lequel nous distribuions nos produits a baissé de 75% en 20 ans. Mon fils Fabien a ouvert un magasin de producteurs à Buis-les-Baronnies, c’est bien, mais pas suffisant. Il faut se bouger le popotin pour vendre soi-même, sinon on est morts. Je ne suis pas sûr que ce mode de vie puisse encore attirer les jeunes…

Retrouvez tous nos articles sur l’huile d’olive en France par ici !

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