Lettres de mon moulin

A San Paolo di Civitate comme partout ailleurs, le moulin antique a laissé sa place à une installation moderne et électrique. Mais l’ambiance n’en reste pas moins authentique et chaleureuse.

Chaque jour à 15 heures, c’est le même cirque : les tracteurs s’extraient des oliveraies et affluent de toutes parts en direction du moulin collectif de San Paolo di Civitate. C’est également là que se retrouvent tous les propriétaires du pays – du moins ceux qui ne possèdent pas leur propre moulin. Ils semblent venir aussi bien pour constater le poids de la récolte du jour que pour le simple plaisir de tailler une bavette devant le bâtiment, un espresso à la main.

Au moulin de San Paolo di Civitate, c’est ambiance gros bras et tracteurs  –  © In Olio Veritas

C’est un repère d’hommes (la région ne compte que deux oléicultrices), d’amis, de cousins parfois, de neveux ou d’oncles. On n’exclut pas qu’il y ait aussi quelques différends entre certains. Bref, c’est une sorte de café du commerce à ciel ouvert. Avec une très forte odeur d’huile d’olive dans l’air.

A l’intérieur, pendant ce temps-là, ça s’active. D’octobre à décembre, le moulin est ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour pouvoir presser les olives dans les heures qui suivent leur récolte. L’ordre de passage au moulin n’est pas laissé au hasard. Pour les plus gros propriétaires qui fabriquent leur propre huile, il est n’est pas question de mélanger ses olives à celles des autres. Les plus petits propriétaires, eux, vendent généralement leur récolte à la coopérative, et elles peuvent donc être mélangées sans problème.

La salle des machines du moulin, ça nettoie, ça broie, ça centrifuge, ça sépare…  –  © In Olio Veritas

Au tour des Cordisco de passer à la presse

L’employé du moulin déverse les 3 tonnes récoltées par les Cordisco dans la journée au creux d’un immense réservoir. 90 minutes et 50 mètres plus tard, il en sortira 600 litres d’huile. Mais avant cela, les olives vont passer une à une les étapes de la presse. Le vent, la rivière et les ânes qui murent la meule pendant des siècles ont aujourd’hui laissé place à la fée électricité, mais tout demeure mécanique : pas de procédés chimiques pour extraire l’huile des olives, ce qui est indispensable pour obtenir le label « vierge extra ».

Les olives frétillent sur le tapis roulant qui les sépare des branches et feuilles  –  © In Olio Veritas

La première étape consiste à retirer les feuilles et les branchages, grâce à un tapis roulant et un tamis spécialement modelés à cet effet. Les olives traversent ensuite une solution aqueuse qui a pour but de les laver, avant qu’elles ne tombent au bout du tapis dans une broyeuse hypnotique. C’est là que sont concassées les olives et leur noyau, allant jusqu’à donner une sorte de pâte qui n’est pas sans rappeler la tapenade. Cette pâte va ensuite être malaxée et broyée pendant trois quarts d’heure dans une grande cuve. Au fur et à mesure de cette mouture, on voit enfin perler les premières gouttes d’huile.

L’huile émerge sur la pâte d’olive malaxée  –  © In Olio Veritas

Il peut être tentant d’augmenter la température de la cuve pour faciliter la sortie de l’huile des cellules végétales, mais au-delà d’un certain stade cela altèrerait les propriétés organoleptiques de l’huile obtenue. La température dans la cuve ne doit absolument pas dépasser 27°C si l’on veut pouvoir revendiquer une huile d’olive extra vierge pressée à froid.

L’huile d’olive fraîchement extraite se déverse dans le jerrican de 1000 litres  –  © In Olio Veritas

Ensuite ça se décante, mais sans filtre

Ce mélange va ensuite subir deux décantations pour séparer les parties solides (grignon) des parties liquides puis, au sein de ces dernières, l’huile de l’eau. Une première centrifugeuse horizontale puis une seconde verticale qui tournent à plusieurs milliers de tours/minute permettent cette extraction. Finalement, la précieuse huile se déverse dans un jerricane géant d’un mètre cube. On ne peut s’empêcher de saisir un verre pour la goûter, encore tiède.

Antonio nous fait goûter l’huile à peine extraite des olives, encore tiède  –  © In Olio Veritas

L’huile obtenue n’est pas filtrée au moulin. D’ailleurs, de plus en plus de consommateurs préfèrent l’huile non filtrée, dans laquelle demeurent quelques résidus de taille infinitésimale que la centrifugation n’a pas séparés. Ces résidus ne sont absolument pas nuisibles et n’altèrent pas le goût, voire le renforcent. Mais certains préfèrent encore une huile parfaitement pure et transparente, et les Cordisco filtrent donc une partie de leur production dans le laboratoire de leur boutique, où ils procèdent ensuite eux-mêmes à l’embouteillage et l’étiquetage.

Et c’est la mamma, qui met en bouteille le précieux liquide, à la mano  –  © In Olio Veritas

Et en vidéo c’est par ici !

2 réflexions sur “Lettres de mon moulin

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