Au paradis du scourtin

À la sortie de la petite ville de Nyons dans la Drôme Provençale, siège fièrement la dernière scourtinerie de France, fondée en 1882 par Marie et Ferdinand Fert. Transmise de génération en génération, ce sont aujourd’hui leurs descendants qui tiennent les rênes et qui ont réorientée la manufacture vers la vannerie décorative ; les scourtins traditionnels n’étant plus vraiment utilisés pour l’extraction de l’huile d’olive de nos jours. Visite entre bobines et mécaniques centenaires !

Bienvenue à la scourtinerie de la famille Fert à Nyons ! – © In Olio Veritas

Vous avez dit scourtin ?

En dehors des régions productrices d’huile d’olive en France et autour de la Méditerranée, rares sont ceux qui ont déjà entendu parler de ce curieux et ingénieux objet qu’est le scourtin, utilisé pourtant depuis l’antiquité pour extraire l’huile d’olive qui sublime notre gastronomie, mais dont l’usage a décru depuis un demi-siècle et la modernisation des moulins à huile.

Le scourtin tire son nom du Provençal scouffin, forme altérée de « couffin », sorte de panier souple. Il ressemble a une galette de vannerie en deux parties et percée en son centre. Originellement, il était tissé en fibre végétale (en jonc, en alpha ou en coco) mais il existe aujourd’hui en fibre synthétique – polypropylène notamment – plus résistante et facile à nettoyer.

Une pile de scourtins traditionnels en fibre de coco, et des modèles plus modernes en plastique bleu. – © In Olio veritas

Alors à quoi sert le scourtin précisément dans un moulin traditionnel ? Après avoir broyer les olives à l’aide d’une meule en pierre, on obtient une pâte d’olive qui est placée dans plusieurs scourtins (jusqu’à 50 kg de pâte par scourtin !), empilés les uns sur les autres. On vient ensuite presser cette pile et le scourtin agit alors comme un filtre qui va retenir la partie solide et laisser s’écouler la partie liquide, qui contient la précieuse huile d’olive.

Avant la modernisation des moulins à huile, qui utilisent aujourd’hui des centrifugeuses électriques pour séparer les phases liquides et solides, la demande de scourtins était donc particulièrement forte et il existait ainsi plusieurs manufactures de tissage en France : les scourtineries.

La scourtinerie de Nyons, une affaire de famille

Quand on parcours les collines couvertes de vignes et d’oliviers environnant Nyons, il n’échappe à personne qu’on se trouve au cœur d’une région oléicole ancienne. Depuis des siècles, la ville bouillonne autour de la culture de l’olive, la fameuse olive noire de Nyons, mais aussi de son huile au délicat fruité mûr, et des savons qui sont fabriqués à partir des résidus. Des conserveries, des moulins, des savonneries, mais aussi des scourtineries se sont donc établies à Nyons au fil des siècles pour mener à bien toutes ces activités.

Olives, tapenade et pain aux olives de Nyons : l’apéro idéal ! – © In Olio Veritas

C’est en 1882 que la famille Fert décide de transformer une ancienne magnanerie – lieu d’élevage des vers à soie – en scourtinerie, pour fournir des filtres de qualité aux moulins de la région. Ferdinant Fert met en œuvre sa créativité et ses connaissances mécaniques pour développer des machines permettant de fabriquer des scourtins particulièrement efficients et robustes. Il étudie les différentes fibres végétales pour choisir la plus résistante, la fibre de coco.

La fibre de coco remporte la palme des fibres végétales. – © In Olio Veritas

Et lorsque sa vannerie ne se révèle plus assez résistante sous l’effet des puissantes presses hydrauliques venues remplacer les vis en bois dans les moulins, qu’à cela ne tienne : il adapte le tissage pour renforcer ses scourtins en s’inspirant des cordages maritimes tissés en rond. Il dessine et fabrique lui-même plusieurs machines spécifiques, pour tisser des fonds de différentes tailles et des bords adaptés, que l’on peut encore voir en fonctionnement aujourd’hui.

Tissage d’un petit scourtin au rythme des mécaniques ! – © In Olio Veritas

En 1956, un terrible gel détruit une grande partie des oliviers de France. Le secteur oléicole est à terre, les moulins ferment et les scourtineries aussi. Mais pas celle des Fert ! Observant que les scourtins usagés connaissent une seconde vie en qualité de paillassons dans de nombreux foyers provençaux, la famille décide de réorienter sa production vers un usage décoratif, et les affaires reprennent aussitôt. Un choix d’autant plus stratégique qu’au fil des années et avec la modernisation des moulins, l’usage des scourtins comme filtre à huile s’est fait de plus en plus rare.

Le scourtin est un bel objet. – © In Olio Veritas

Le scourtin provençal tendance déco

Les arrières petits-enfants Fert, Arnaud et Frédérique, l’ont bien compris et su faire de ce patrimoine une richesse. Ils développent aujourd’hui deux aspects porteurs de leur activité : d’une part les objets de décoration, avec des paillassons, des tapis, des dessous de plat et autres objets de vanneries confectionnés avec leurs machines centenaires… Et d’autre part le tourisme, avec l’installation depuis 2013 d’un musée du scourtin au sous-sol de la manufacture et l’organisation de visites groupées bien documentées sur leur savoir-faire et l’histoire de la famille Fert. Idéal par un jour de pluie d’été comme lors de notre dernière visite à Nyons…

La nièce d’Arnaud, Sophie, a également rejoint l’aventure pour pousser encore plus loin la créativité des modèles proposés, travaillant sur les teintures et les couleurs. La dernière scourtinerie de France a donc encore un bel avenir devant elle !

Retrouvez tous nos articles sur l’huile d’olive en France par ici !

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