Si la consommation alimentaire d’huile d’olive en Nouvelle-Zélande remonte seulement aux années 1980, l’olivier y a cependant été introduit dès le début du XIXème siècle, avec l’arrivée des premiers pionniers. Récit de cette récente histoire.
Les prémices
Charles Darwin lui-même a consigné l’observation d’olives en Nouvelle-Zélande lors de son passage dans la colonie britannique en 1835. La légende veut que ces premiers oliviers aient été plantés par des marins espagnols, venus pêcher la baleine dans les mers australes et restés en Nouvelle-Zélande, séduits par la beauté sauvage du pays (et celle des femmes maori ?), mais éprouvant visiblement un brin de nostalgie ibérique…

Ces premiers arbres n’existent plus, mais ils n’ont pas manqué de donner des rejetons ici et là. Peu à peu, ces oliviers se sont adaptés au sol volcanique et au climat néo-zélandais pour donner naissance à de nouvelles variétés. C’est un certain M. Johnson qui, le premier, inventoria ces nouveaux cultivars et les désigna en toute modestie d’après son nom : Johnson 1, Johnson 2, Johnson 3, etc. Rapidement on abrégea en J1, J2, J3… et de nos jours seules la J2 et la J5 sont encore cultivées.

La tentative de John Logan Campbell
La plus vieille oliveraie du pays encore debout se trouve à Auckland, et date des années 1870. Elle y a été plantée par John Logan Campbell, l’un des pères fondateurs de la première capitale de Nouvelle-Zélande, sur les pentes du volcan éteint Maungakiekie.
Au retour d’un voyage de 10 ans en Europe, il souhaita recréer une atmosphère méditerranéenne dans le parc de sa demeure de One Tree Hill, et fit notamment planter 5 000 oliviers. Dont beaucoup se révéleront stériles par la suite… Quand son épouse préféra finalement, quelques années plus tard, s’établir ailleurs, le ménage fit don de One Tree Hill à la ville.

De nombreux oliviers furent arrachés au fil des ans pour l’aménagement du désormais parc municipal, et il n’en reste aujourd’hui que quelques dizaines. Mais d’une taille majestueuse, au bas desquels paissent sereinement vaches et moutons de la municipalité d’Auckland.

N’ayant pas été entretenus pendant plus d’un siècle, ces oliviers sont quasiment retournés à l’état sauvage. Il y a quelques années, John et Margaret Edwards (voir notre article sur Matiatia Grove) ont demandé à pouvoir en prendre soin. Si la municipalité ne les a pas autorisés à tailler les arbres, ils ont en revanche le droit, tous les deux ans, d’en récolter les fruits avec l’équipe de gestion du parc. De tous petits fruits, avec peu de pulpe et beaucoup de noyau ! D’où un très faible rendement en huile : 40 litres seulement à partir des 800 kilos récoltés. L’huile qu’ils en tirent, et que nous avons pu goûter, se distingue par un fruité mûr de moyenne intensité, un peu d’ardence et des arômes de noix fraîches à la fin.

Et aujourd’hui ?
Entre cette tentative infructueuse et la plantation des premières oliveraies modernes au milieu des années 1980, un siècle s’écoula sans que plus personne ne s’intéresse à l’oléiculture en Nouvelle-Zélande, ni à l’huile d’olive.

Comme en Angleterre, les néo-zélandais privilégièrent la fabrication du beurre à partir des centaines de milliers de vaches qui peuplent le pays, et comme en Angleterre, l’huile d’olive fut reléguée au rang de médicament, censé lutter contre … la constipation ! Inutile de préciser que les conditions de fabrication et de stockage ne permettaient pas d’avoir affaire à de l’huile extra-vierge, mais au contraire à des produits très rances… A tel point que, lors des dégustations à l’aveugle organisées par Margaret Edwards, nombreux sont ceux qui déclarent préférer l’huile rance, probablement parce qu’elle leur rappelle le goût auquel ils ont été habitués dans leur enfance.
La redécouverte puis le développement de l’oléiculture à partir des années 1980 coïncident en réalité avec l’arrivée de Gideon Blumenfeld, horticulteur israélien spécialiste de l’olivier, ayant décidé de prendre sa retraite en Nouvelle-Zélande. Blumenfeld était le proche collaborateur de Shimon Lavee, considéré comme l’un des papes de l’olivier et inventeur de la variété Barnea. Variété que Blumenfeld emporta dans ses bagages et commença à planter en Nouvelle-Zélande.

Pour en savoir plus sur l’huile d’olive en Nouvelle-Zélande de nos jours, sa fabrication, sa consommation, ses perspectives, vous pouvez consulter cet article.
Une réflexion sur “Les oliviers historiques de Nouvelle-Zélande”