高尾農園 Takao Nouen no Olive Hatake – Japon

  • Producteur : Toyohiro Takao
  • Marque : Takao Nouen no Olive Hatake
  • Année d’installation : 2006
  • Lieu : Shodoshima, Japon
  • Oliveraie : 7 ha, 2000 arbres
  • Variétés : Lucca, Mission, Manzanillo, Frantoio, Nevadillo Blanco
  • Récolte : de début octobre à fin novembre, à la main
  • Moulin : Oliomio, capacité 300kg/jour
  • Production : 500 L par an
  • Autres produits : olives de table, masques hydratants avec son huile, asperges
  • Spécificités : primé lors de compétitions internationales d’huile d’olive extra-vierge

Toyohiro Takao, le Japonais qui se rêvait Italien

Toyohiro Takao fait partie de la quarantaine d’oléiculteurs établis à Shōdoshima, une île de 150 km carrés dans la partie Sud du Japon, haut lieu de la production domestique d’huile d’olive. En quête perpétuelle d’excellence, Takao-san porte le regard loin des côtes du Japon et n’hésite pas à confronter ses huiles aux standards internationaux ainsi qu’aux palais affûtés du monde entier.

Bienvenue chez Takao-san ! – © In Olio Veritas

In Olio Veritas – Toyohiro Takao, bonjour. Vous vous êtes lancé dans l’oléiculture en 2006, pouvez-vous nous raconter cette aventure ?

Toyohiro Takao – Avant la culture des oliviers, je tenais un magasin de vêtements, ici sur Shōdoshima. C’est évidemment assez différent et j’ai donc dû me former progressivement. Je n’avais d’ailleurs que très peu d’arbres au tout début, à peine deux cents oliviers. Pour apprendre, j’ai pris part à des formations théoriques et pratiques, en Italie mais aussi en Californie qui est plus proche pour nous autres Japonais. Au fur et à mesure de mes progrès, et enhardi par la passion pour ce métier et les arbres, j’ai agrandi mon oliveraie. Je possède aujourd’hui 2000 arbres sur 7 hectares. Je cultive aussi sur une autre parcelle des asperges, parce que j’adore cela et qu’elles se marient à merveille avec l’huile !

Takao-san dans son oliveraie au pied d’un temple Shinto. – © In Olio Veritas

IOV – Vous avez donc été commerçant dans le passé : est-ce que cela aide pour vendre son huile d’olive ?

Toyohiro Takao – Ni oui ni non : je vends tout sur Amazon ! Je me suis adapté aux technologies modernes. Et ça me fait gagner du temps.

Le livreur d’Amazon appréciera le design à l’italienne ! – © In Olio Veritas

IOV – Vous êtes une quarantaine d’oléiculteurs sur une île assez petite. Qu’est-ce qui distingue votre huile des autres ?

Toyohiro Takao – Je ne regarde pas tellement dans l’assiette du voisin. Je me concentre sur ma production et je porte énormément d’attention à la qualité de mon produit. Pour avoir une huile au fruité bien vert et aux arômes prononcés, je commence la récolte dès le début du mois d’octobre. Ce que je perds en quantité, je le gagne en qualité. Le rendement moyen en huile de mes olives tourne autour de 7% à 8%, là où je pourrais atteindre le double si je laissais mûrir les fruits plus longtemps. Mais l’huile serait moins bonne et ce n’est donc pas un bon calcul à mes yeux.

Avec son petit moulin Olio Mio, Takao-san est autonome dans sa production. – © In Olio Veritas

IOV – Pourtant les consommateurs Japonais ne semblent pas très regardants sur la qualité de l’huile d’olive, et les standards internationaux de classification ne s’appliquent pas au Japon. Cette recherche de la qualité est donc avant tout une volonté personnelle, plutôt qu’une démarche marketing ?

Toyohiro Takao – Absolument. Les Japonais ne sont pas encore très au fait des subtilités de la dégustation d’huile d’olive, et beaucoup n’ont carrément aucune idée de ce que signifie « extra-vierge ». Même certaines personnes du ministère de l’agriculture semblent découvrir, lorsqu’elles se rendent ici, les arômes qui se cachent derrière ce terme. Mais les choses évolueront peut-être, et en attendant je veux quoi qu’il en soit avoir le meilleur produit possible.

Takao-san a affiché dans son bureau toutes ses certifications, dont celle Halal de ses huiles. – © In Olio Veritas

Même si le Japon n’est pas membre du Conseil Oléicole International (COI) et que ses standards ne s’y appliquent donc pas, je fais personnellement la démarche d’envoyer chaque année des échantillons de ma production en Italie dans un centre d’analyse accrédité par le COI pour obtenir leur certification « extra-vierge ». Cela me coûte 600€ par échantillon, contre 80€ si je me contentais de la certification de l’Institut de Recherche sur l’Olive de Shōdoshima, mais c’est important pour moi d’avoir cette validation internationale.

Voila les derniers résultats des analyses du COI. Bonne lecture ! – © In Olio Veritas

IOV – Beaucoup affirment que le climat de Shōdoshima n’est en réalité pas idéal pour l’olivier. En témoignent des taux de rendement en huile assez bas. Comment vous adaptez-vous ?

Toyohiro Takao – On entend souvent dire que Shōdoshima bénéficie d’un climat méditerranéen, mais pour moi c’est tout sauf cela, voire même l’inverse ! Nous avons beaucoup de précipitations et parfois même des typhons. Et l’eau des montagnes ruisselle dans les oliveraies à leurs pieds. L’humidité ambiante favorise les maladies et champignons. La plupart des oléiculteurs traitent leurs oliveraies avec des produits chimiques, ce que je m’interdis personnellement de faire.

IOV – Ce qui veut dire que vous êtes entièrement en agriculture biologique ?

Toyohiro Takao – Partout où je le peux, je lutte avec des moyens naturels. Je passe la tondeuse plutôt que d’utiliser des herbicides. Contre l’anthracnose j’ai décidé de laisser plus d’espace entre les arbres que je plante, afin de chasser l’humidité. Il n’y a que contre le charançon de l’olivier que je suis contraint d’utiliser des pesticides, 3 à 4 fois par an au maximum, et en veillant à ne pas asperger les feuilles et les branches, uniquement la base du tronc. Pour cette raison je ne revendique pas le label bio. Mais contre ce parasite qui dévore les arbres, je n’ai rien trouvé de mieux pour le moment. Je regrette presque que cet insecte de l’Est asiatique n’existe pas en Méditerranée car vous auriez trouvé depuis des siècles un moyen naturel de nous en débarrasser.

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Le charançon de l’olive, オリーブアナアキゾウムシ = oriibuanaakizoumushi en Japonais, prolifère sur Shōdoshima.

IOV – Vous semblez regarder particulièrement vers l’Europe et le bassin méditerranéen. C’est un modèle pour vous ?

Toyohiro Takao – Bien sûr. La culture de l’olivier au Japon a à peine 100 ans, nous avons encore tout à apprendre. Je fais bien plus confiance à ceux qui détiennent l’héritage et la tradition. Par exemple, il y a des pépinières à Shōdoshima mais j’ai préféré importer tous mes plants d’Italie et de Grèce. Je suis également de près l’actualité du monde de l’huile d’olive et me réjouis de la venue prochaine à Shōdoshima d’Antonio Giuseppe Lauro, un grand nom de la dégustation d’huile d’olive.

Enfin je prends régulièrement part à des compétitions internationales pour confronter mes huiles à celles d’autres pays. J’ai remporté plusieurs prix, à New-York et à Paris notamment, où je me rendrai en janvier 2020 pour la prochaine édition des Olio Nuovo Days et où j’espère vous recroiser !

NYOOC, Olio Nuovo Days, etc. l’huile de Takao a reçu de nombreuses médailles internationales ! – © In Olio Veritas

Pour en savoir plus sur Takao Farm :

Petit pique-nique des asperges et de l’huile offertes par Takao-san, un délice ! – © In Olio Veritas

Retrouvez tous nos articles sur le Japon ici.

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